le régime non-dualiste pour être belle en maillot cet été (1/3)

Je vais prendre un exemple banal qui servira de bonne excuse pour illustrer le dualisme dans lequel nous baignons chaque jour. Je vais parler du désir de maigrir (ou plus rarement de grossir) avant d’aller s’exposer sur les plages, sous un soleil bien plus inoffensif que le regard de nos congénères. Le régime pour raison de santé rentre aussi en partie dans cette critique.

Relax? Relax?

En préambule, je préfère préciser que je ne souffre pas de surpoids et que je n’ai jamais fait de régime pour maigrir. J’ai suivi par contre, strictement pendant un moment, un régime alimentaire pour des raisons de santé (d’inspiration Seignalet). Mais je connais dans mon entourage nombre de personnes ayant suivi des régimes variés pour maigrir. J’ai eu par ailleurs des comportements avec la nourriture parfois excessifs, sans souffrir ni de surpoids ni de maigreur. Malgré ce qui suit, il est assez cocasse de savoir que je suis encore rempli de conditionnement dualiste sur le sujet (sur les « bons » ou « mauvais » aliments par exemple, ou mes fantasmes sur le jeûne).

Je suis arrivé à croire que la seule chose que garantit un régime alimentaire pour maigrir, c’est la garantie de grossir. Le célèbre effet yo-yo marche pratiquement à tous les coups.

Sur le long terme, savoir qu’un régime pour perdre du poids ne marche pas est même un lieu commun de nos jours. Même si tout cela n’est que variante sur le même thème, il est donné plus de crédit aux soit-disant régimes équilibrés et progressifs, scientifiquement testés, ou aux diététiciens. Et en pratique, une personne qui ne croit pas aux régimes, faces aux quelques kilos en trop qui se profilent, va tout de même suivre certains de leurs principes.

le dualisme dans nos vies

Pour mémoire des articles précédents et pour faire court, je rappelle que notre civilisation baigne dans une croyance dualiste, c’est-à-dire que nous percevons le corps et l’esprit de manière dissociée. Et notre civilisation a évolué vers l’idéologie de la domination par le mental despotique, pour ne plus considérer que la part visible des choses et des êtres, tout en rejetant l’invisible. Nous sommes au stade où la majorité des personnes a oublié ou nie la partie invisible, la substance qui constitue notre chair, et la vie qui anime le monde. De même, nous nous coupons de toute forme de connaissances, ou détournons toutes les pratiques qui permettraient d’en faire l’expérience pour y revenir.

Ces croyances dualistes orientent souvent nos vies, et sont loin d’être un problème théorique. Elles ont un impact majeur et conditionnent la majorité des actes de nos vies quotidiennes. Et cela se passe souvent sans nous en rendre compte.

Par le régime d’été je prends un exemple facile et sans risque pour commencer. Mais ces croyances touchent le cœur d’une grande part de notre vie, notre façon de percevoir et d’être au monde.

Le régime dualiste

A cette saison, un certain nombre de magazines vont nous vanter les vertus du dernier régime miracle, pour être beau/belle cet été. Pour l’écrasante majorité, ils reposent sur le même principe. Que cela soit pour un régime rapide, ou soit-disant validé scientifiquement, c’est toujours un peu la même histoire. Pas la peine de faire un long discours, je vais juste rappeler les éléments clés.

Il s’agit de méthode comportementaliste, c’est-à-dire une proposition pour que l’individu par sa « propre » volonté change ses actes et modifie ses comportements. La proposition est une méthode, un ensemble de règles, qui va donner de bonnes actions à faire (manger X, courir X min, etc), et un ensemble d’interdictions (ne pas manger Y, etc). Il y aura aussi un mode d’application à suivre, une durée dans le temps. Des précisions seront perçues comme un gage de sérieux, et d’efficacité puisqu’il n’y a plus qu’à suivre le programme sans réfléchir. Un tel régime sera directif dans le mode d’application (le matin mange Z, le midi X, etc), et il proposera des conseils et techniques de conditionnement de ces nouveaux comportements (commencer par courir 5 min le matin, etc).

Quels sont les soubassements pas du tout alimentaires et que pourtant nous avons avalés ? Quels sont ces croyances qui font que tant de gens essaient ces régimes? Qu’est-ce qui amène au fatalisme: « oui je sais, ça ne marche pas…enfin pas toujours, je connais…mais bon, j’ai pris un peu…il faut bien que… »

Quelles sont ces structures dualistes?

  • L’instauration d’un comportement de l’esclave dès le plus jeune âge dans l’inconscient de l’individu. L’individu aura intégré depuis longtemps la capacité à suivre des règles prescrites par une autorité, écrite ou verbale, et à (tenter de) s’y conformer. Le comportement va être prescrit par une personne ou une « structure d’autorité » au sein d’un groupe. Les règles de comportement vont être le plus explicite possible. Des choses bonnes et des choses mauvaises seront décrétées de manière absolue, ce qui revient à porter un jugement moral. Ces règles seront si possible quantifiées pour aider à l’auto-jugement. Dans le cas d’un régime c’est facile, les règles à suivre sont données explicitement (mangez X, ne pas manger Y, faire ci, ne pas faire cela, etc), publiées soit dans un magazine, soit plus longuement dans un livre

  • Des normes ou valeurs du groupe social pré-existantes. Ces valeurs définissent, clairement si possible, ce qui est bien ou mal, ce qui est bon ou mauvais. Plus ces valeurs seront perçues comme universelles, c’est-à-dire en niant leur aspect culturel (donc régional) et temporel (une époque), plus elles seront efficaces. Les valeurs les plus efficaces à mobiliser, sont celles qui évitent tout questionnement de l’individu. Dans notre exemple, pour faire simple: « être mince, c’est bien et beau », « être gros, c’est moche et mal »

  • Un groupe (ou une personne) à laquelle la personne a besoin de se sentir relié, appartenir. C’est ce groupe qui va véhiculer les valeurs et les opinions de la structure d’autorité référente (cf point suivant). L’individu va progressivement s’y conformer pour être relié et se sentir inclus. L’appartenance au groupe et le processus d’identification aux valeurs du groupe sera d’autant plus fort que l’individu est coupé de sa puissance naturelle. L’allégeance à une figure d’autorité et le désir mimétique joueront également pleinement dans le groupe. Dans l’exemple du régime, la structure d’autorité pourra être un magazine de la presse, et le groupe un ensemble d’ami(e)s

  • Une structure d’autorité (ou une personne), extérieure au groupe, qui fait autorité. Une structure d’autorité médiatise le pouvoir, c’est elle qui garantit l’opinion du groupe. Pour préserver son autorité, elle ne doit pas être remise en cause par un individu ou un groupe hors des pairs reconnus ou faisant partie de la structure d’autorité. Un individu ne doit pas être habilité directement à la réformer, mais doit passer par des médiateurs du pouvoir issus de cette structure. les valeurs et opinions que cette structure d’autorité prescrit doivent être perçues comme des faits, ou une description de la vérité objective.

Le régime et ces croyances sous-jacentes

Si je reprends les points précédents et que je les décline avec le régime, cela donne

  • le comportement de l’esclave

Comme tout un chacun dans nos sociétés, nous avons tous été conditionnés par une pédagogie noire pour contraindre nos comportements, via l’éducation de nos parents, et l’école. Cette pédagogie noire « pour notre bien » est basée parfois sur la violence physique, et beaucoup plus souvent sur la violence psychologique. Nous sommes donc souvent de bons clients, tout à fait mûrs pour considérer des propositions d’un régime alimentaire comme tout à fait réalistes et pouvant réussir à nous faire maigrir, pour la simple et bonne raison qu’un régime suit le schéma mental du modèle dualiste structurant notre éducation.

Cela demandera plus d’explications, car cette simple affirmation réveille souvent la culpabilité refoulée, le déni et la colère d’une personne qui se sentirait directement visée car en position de parent, d’éducateur ou d’autorité.

Lors de la mise en application du régime, nous serons satisfaits de nous si nous arrivons à bien agir, c’est-à-dire à nous conformer aux prescriptions que l’ont s’est fixées, ce qui est souvent le cas au début. Nous ferons cela par la volonté qu’imposera notre mental, sans écouter notre corps, ce qu’il nous dit, ce qu’il demande. Nous rejouerons ainsi ce que nous avons intégré lors de notre éducation, le sentiment de sécurité lié à l’approbation du parent/professeur. A nouveau, notre enfant intérieur se sent relié et aimé par l’adulte qui a autorité sur nous, c’est la puissance du lien qui va libérer ce surplus d’énergie et de joie que l’on peut sentir dans ces situations, bien plus que l’effet réel sur le corps. L’adhésion nous éloigne de notre culpabilité, de la crainte de l’échec, et de la mésestime de soi. Nous sommes confortés dans notre croyance, heureux du résultat de nos efforts, puisque nous perdons du poids.

En réalité, nous avons juste ignoré la réalité, et en nous maltraitant nous avons créé une tension supplémentaire dans notre corps. Nous tirons d’un côté par la volonté de notre mental, en « déformant » la substance qui lie corps et esprit. Et notre corps va se retrouver « tiré » et marqué par la trace de cette tension. Cette tension, liée à la peur de perdre le lien, se perpétue sous forme de croyance qui prend le relai d’une blessure (de séparation) refoulée. Sans grande force, elle ne va pas pouvoir durer longtemps, car elle est arbitraire, sans fondement. Elle doit être sans arrêt alimentée pour être active, et le comportement alimentaire est un des moyens.

Plus tard, nous ferons des écarts à notre régime ou nous l’abandonneront. Nous nous jugerons plus ou moins durement en accusant la faiblesse de notre volonté, ou de ne pas être capable de tenir sur la durée « alors que ça marchait ». La culpabilité, la mauvaise estime de soi va se renforcer, poussant au fatalisme (« de toute façon, je n’y arriverai jamais, je suis nul »). Nous ne sentirons même pas la culpabilité que l’on refoule à ce moment là, et nos croyances nous laisseront aveugles sur ce qui se joue vraiment.

  • des normes ou valeurs du groupe social

Je pense qu’il est inutile de revenir trop longtemps sur la valeur de la minceur dans notre civilisation, on en voit des pubs partout. Plus que la minceur, c’est la capacité de contrôler son poids dans une société d’abondance qui est valorisée, en lien avec le contrôle de la nature. Contrairement aux siècles passés, encore marqués par la famine, « les formes rondes » étaient valorisées car signe de bonne alimentation et santé. La grosseur était un signe de bon rang social. Et je me rappelle de ma grand-mère, qui à chaque fois qu’elle me voyait me trouvait trop maigre. Nous avons basculé en deux générations drastiquement, avec comme valeur de référence le contrôle du poids, la minceur. Le gros étant plutôt un symbole du prolétaire, qui n’arrive pas à se contrôler et se laisse aller.

  • le groupe et « ce qui relie »

Cette question du lien et du groupe est centrale, et a de multiples facettes. J’y reviendrais aussi plus longuement dans d’autre posts.

Les valeurs du groupe ne sont pas dans l’air du temps, mais dans la chair des individus. Le lien entre individus et ses valeurs communes sont d’autant plus fortes que le besoin « d’être relié » est vital pour l’humain. Plus les individus sont faibles (non soignés, blessés), plus le système de valeurs du groupe est fort. Et ce milieu se perpétue largement par des phénomènes mimétiques.

Dans le cas d’un régime le groupe peut se limiter à une personne, ou à un groupe d’ami(e)s. Mais de nos jours l’identification peut se faire au delà des connaissances, à distance, sur le sentiment d’appartenance à un courant de pensée (une méthode magique), via des livres, la télévision, une association, des individus sur Internet. C’est à travers ce groupe formel ou informel que le système de valeurs normatives comme la maigreur vont se propager aux individus.

  • la structure d’autorité

La question de la liberté et de l’autorité, est tout aussi centrale, et demandera aussi de bien plus long posts.

Dans le cas d’un régime, la structure d’autorité peut être un magazine de la presse, ou un livre qui fait référence à une étude scientifique (ou pseudo étude) avec ces résultats et promesse de succès. Dans certains cas, la personne éprouvera le besoin d’aller consulter une personne qui fait autorité, un docteur, un diététicien, un coach. Cela sera jugé comme inévitable si la personne considère son problème comme sérieux, surtout suite à des échecs successifs. Ces échecs l’auront convaincu qu’elle ne peut y arriver toute seule en suivant les prescriptions, mais qu’elle doit se remettre directement dans les mains d’une personne directement de « la structure d’autorité ».

Vers le non-dualisme

Voilà une introduction que j’espère pas trop indigeste sur les effets du dualisme dans nos vies. Je vais essayer de continuer dans une seconde partie, sur ce que pourrait être alors un régime alimentaire non-dualiste. Est-ce que cela existe? et en quoi cela peut-il bien consister?